Une exploitation en démarche de progrès continue

Pouvez-vous nous expliquer votre démarche sur la ferme ?

La ferme a beaucoup évolué depuis 20 ans. Aujourd’hui, l’exploitation est autonome sur le plan alimentaire. La nourriture des animaux est produite sur la ferme, tout comme les semences que nous utilisons pour les cultures. Nous n’achetons pas de fumure ou de compost : seuls le lisier et le fumier de la ferme sont répartis sur nos terres. En parallèle, pour optimiser les rendements des cultures et limiter les problèmes de maladies et d’adventices nous travaillons sur la diversité des plantes et les associations de cultures (mélanges de graminées/légumineuses et de céréales/protéagineux). Sur les 140 ha que nous cultivons, 15ha sont en culture unique, le reste est en mélange. Il y a en moyenne 25 plantes présentes sur la ferme alors que l’on travaillait avec 5 plantes il y a 20 ans. C’est une des solutions que nous avons choisi pour obtenir un rendement satisfaisant afin de nourrir nos animaux sans être dépendant des intrants... Nous sommes passés d’un système intensif très dépendant d’achats extérieurs il y a 20 ans à un système autonome très productif.

L’autonomie décisionnelle est aussi une caractéristique importante de notre système d’exploitation. Pour faire évoluer ses pratiques et l’organisation de la ferme, il a fallu tout réapprendre. J’ai suivi environ 10 jours de formation par an pendant 10 ans de 1998 à 2008. Parallèlement, l’accompagnement des animateurs d’associations du réseau comme le CIVAM ou Cultivons La Biodiversité conjugué à la richesse des groupes d’échanges de pratiques entre agriculteurs permettent de compléter encore maintenant mon apprentissage.

Aujourd’hui, on reçoit régulièrement des groupes afin de partager notre expérience et nous travaillons en partenariat avec l’INRA de Mirecourt dans le cadre d’une étude sur les systèmes autonomes et économes. Nos données (techniques, économiques, organisationnelle…) sont recueillies et analysées pour en tirer des pistes de travail.

La Région Poitou-Charentes a perdu 30% de ses actifs agricoles entre 2000 et 2010, pourtant chez vous il y a une évolution à la hausse de l'emploi. Qu'est-ce qui vous a poussé à développer l'exploitation et à embaucher ?

Avant de développer l'atelier de transformation laitier, il y avait 3 Equivalents Temps Plein sur la ferme. La valeur ajoutée dégagée grâce aux choix que nous avons fait nous a permis de développer l'emploi et nous sommes actuellement 5 ETP sur la ferme (2 associés, 3 salariés et 2 apprentis). La demande en produits locaux de qualité est forte : il y a des opportunités pour développer une agriculture respectueuse de l'environnement et créatrice d'emploi.
Cependant, c'est par conviction et par envie que nous avons fait évoluer nos pratiques. Les bénéfices que l'on en tire sont loin d'être seulement économiques, c'est avant tout la reconnaissance humaine, la sensation d'être ancré sur un territoire et de répondre aux attentes des consommateurs qui nous ont motivé. Le monde agricole connait des difficultés économiques mais beaucoup d'agriculteurs connaissent aussi une grave crise de sens !
Aujourd'hui on vend nos produits à la ferme pour les gens du coin. Ca donne du sens, on vit notre métier différemment et on en est fiers !

 

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